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Les Océans sans poiS(s)on : à quand un mode de vie zéro déchet ?

D’ici 2050, les plastiques seront plus nombreux que les poissons dans l’ensemble des mers et océans du monde… Alarmant ? Oui. Mais pas de panique à bord ! Après un bref état des lieux, vous pourrez comprendre dans quelle situation nous sommes et comment simplement — et humblement — parvenir à des océans plus vivables !

Vous êtes français.es ? Sachez que vous consommez en moyenne 360 kg de déchets ménagers par an soit 1kg par jour, environ. Ajoutez ce que vous jetez à la déchetterie et vous atteignez 600 kg. En un jour, cela représente 17 000 tonnes de déchets qui vont directement dans les Océans. Inconcevable pour votre esprit ? Oui… Pourtant, cela a fortement participé à créer le 7ème continent au sein de l’Océan Pacifique Nord. Il équivaut à 6,2 fois la France et n’est formé que de plastiques (macro, micro, nano-plastique). Il s’agit plus d’une soupe de plastique, que d’un continent d’ailleurs. Une Plastiq-Soupe à emporter ça vous tente ? Et ce n’est pas la seule, il en existe d’autres au sein des plus grands gyres océaniques du monde. En tout, il y en a cinq qui représentent 5 000 milliards de débris plastiques...Miam, miam !

Un bref état des lieux

Dans les océans, 70% des déchets retrouvés sont du plastique. Des déchets arrivent tout entier dans les cours d’eau, puis vont se fragmenter en tout petits morceaux, et forment alors des microplastiques et des nanoplastiques ! Fragmentés, ils vont pouvoir poursuivre leur chemin dans toute la chaîne alimentaire des poissons, en entrant dans les tissus adipeux. Ces microplastiques ont plusieurs effets néfastes : ils contiennent des phtalates, et autres composés chimiques et étant hydrophobes, ils vont attirer vers eux des matières grasses type pétrole, qui seront relarguées dans les chairs après ingestion. Outre ces effets chimiques, ils peuvent aussi avoir une action mécanique directe en étouffant les espèces marines, par exemple. Pas joli, joli !

Mais ce plastique, d’où vient-il ?

L’utilisateur de la matière plastique, c’est-à-dire le consommateur final, est le vecteur de propagation des plastiques dans la nature. Un petit peu comme avec un virus ! L’usage du plastique peut être unique ou réutilisable. Dans tous les cas, en fin de vie le plastique est jeté.  Près de 80% du plastique retrouvé en mer provient de sources terrestres principalement des déchets ménagers, (d'ailleurs, on vous en parle plus en détail dans cet article), les 20% restant, de la pêche, de l’aquaculture, et du trafic maritime. Les plastiques ont une durée de dégradation monstrueusement longue. Prenez un sac plastique, comptez 1 seconde de fabrication, 20 min d’utilisation avant de passer à la poubelle, et c’est 100 ans pour se dégrader en pleine nature ! C’est énorme, oui.

La plupart des déchets plastiques retrouvés en mer, proviennent des emballages. Logique, puisque les emballages c’est le cœur de l’industrie plastique. En 2017 en Europe près de 40% du plastique brut est transformé en emballage ! Le restant, c’est pour l’industrie automobile, ou les matériaux de construction. Et tenez-vous bien, vous risquez de tomber ! Seulement 10 produits de la vie quotidienne à usage unique représentent 70% de tous les polluants rejetés en mer. Sur le podium, vous pouvez applaudir :

  • les médaillés de bronze : emballages alimentaires, ou de snack, éléments de pêche comme corde et cordelettes
  • les médaillés d’argent : les sacs plastiques entiers ou fragmentés, les fragments de plastique ou de polystyrène
  • enfin, les médaillés d’or sous vos tonnerres d’applaudissement… : les mégots de cigarette, les bouteilles plastiques et leur formidable bouchon !!!

Rappelez-vous aussi que chaque objet fabriqué produit des déchets cachés. Ils correspondent à tout ce qui a été nécessaire à la production de l’objet de l’extraction de la matière première, à la fabrication et au transport etc. Alors comment fait-on pour résoudre cette affaire de plastique ?

L’importance du zéro déchet, une solution durable

Nos modes de consommation et de production sont actuellement en cause. L’offre crée la demande et vice versa. Aujourd’hui les intérêts économiques prennent tant de place, qu’il en vient aux consommateurs de modifier la nature de la production. Comment ? En adaptant son mode de vie à ses besoins, mais pas seulement. À ses valeurs aussi : relocaliser ses achats, acheter ses fruits et légumes de saison, en circuit court, proposer vos propres emballages en alternatives du plastique lorsque vous prenez à emporter, utiliser des produits réutilisables et rechargeables au quotidien... Le monde est imparfait, le sauver semble impossible, mais l’améliorer oui.

Par Élodie Borcier 
Docteure en Biologie Marine et accompagnatrice en transformations de vie